'Vaccine hesitancy' et future vaccination contre le Covid-19

 11/08/20

Nouvelles

 COVID-19

L’approche relative à la pandémie COVID-19 que nous traversons peut-être qualifiée d’assez drastique: quarantaine, auto-isolement, couvre-feu à Anvers, port obligatoire du masque, limitation du nombre de touristes d’un jour, etc.

Après avoir défini le comportement à adopter, le développement d’un vaccin constitue une stratégie prometteuse pour endiguer la pandémie. Il s’agit de prévention primaire. Le pronostic le plus optimiste émanant des entreprises et des autorités évoque l’automne 2020 ou le début de l’année 2021. Est-ce réaliste? Pour beaucoup, la commercialisation d’un vaccin interviendra assurément dans un délai compris entre 12 et 18 mois. Le Conseil Supérieur de la Santé de Belgique (CSS) a déjà élaboré une stratégie de vaccination par étapes en juillet 2020. Cette dernière détermine qui entrera prioritairement en ligne de compte.

Disponibilité d’un vaccin ne veut pas dire vaccination ou volonté de se faire vacciner! En 2009, alors qu’un vaccin contre la grippe mexicaine A(H1N1) existait, les vaccinations ont été moins nombreuses que ce qui était attendu (de 0,4 à 59 % dans 22 pays). Lorsqu’il est question d’un tel taux de vaccination, l’on parle de "pandemic public health paradox". [1]

La vaccine hesitancy (littéralement, hésitation à la vaccination) joue un rôle important. Autrement dit, il s’agit de la réticence à ou du refus de se faire vacciner. "Cela diffère selon le vaccin, le système de santé, la disponibilité et l’accessibilité au vaccin. Des facteurs émotionnels, géographiques, socioculturels, politiques et cognitifs s’avèrent également déterminants." [2] Des valeurs telles que la pureté, la liberté et l’anti-autorité jouent également un rôle.

Cela peut être contreproductif, car les vaccins ne sont efficaces que si suffisamment de personnes se font vacciner. Un taux de vaccination suffisamment élevé permet une immunité collective, une sorte de tampon contre la propagation d’infections vaccinables dans la société. En ce qui concerne le Covid-19, ce taux devra s'élever au minimum à 74% pour atteindre le seuil de l’immunité collective, avec un R0 européen de 3,87. Immunité collective: 1 – 1/R0).

Quels sont donc les motifs qui s’avèrent déterminants chez les personnes récalcitrantes à une vaccination contre le Covid-19?

  • Connaissance insuffisante des diverses méthodes/entreprises qui développent le vaccin;
  • Sentiment que le vaccin arrive «trop vite» sur le marché, sans recherches scientifiques suffisantes en matière de sécurité et de fiabilité, particulièrement pour les groupes à risque (personnes atteintes de la sclérose en plaques, femmes enceintes, personnes allergiques, etc.);
  • Les lobbys anti-vaccination; théories du complot et désinformation pullulent sur les réseaux sociaux.

"D’après Neumann-Böhme et al., qui ont sondé la bienveillance en matière de vaccination dans sept pays européens (7662 répondants), il convient de miser principalement sur les personnes qui ne savent pas encore si elles se feront vacciner. Aussi, ils avancent que les femmes et les moins de 55 ans appartiennent également à ce public cible."[3]

On ne lésine pas sur les moyens pour développer le plus rapidement possible un vaccin contre le Covid-19. En outre, il faut déjà penser un programme de vaccination. En effet, une mauvaise communication en matière de risques, la désinformation et la défiance vis-à-vis des vaccins peuvent poser problème et faire en sorte d’empêcher l’immunité collective.

Aussi, la vaccination «classique» et annuelle contre la grippe saisonnière devra obligatoirement être gérée différemment en 2020 et se fera sous la surveillance de l’Agence fédérale des médicaments et des produits de santé. L’avis 9581 reprend les groupes de personnes qui seront prioritaires entre mi-septembre et mi-novembre 2020 (par exemple, le personnel du secteur de la santé, les plus de 50 ans, les personnes souffrant de maladies pulmonaires, de troubles immunitaires, etc.).

Dr. Wim Van Hooste, Médecine de travail

[1] Reintjes R, Das E, Klemm C, et al. “Pandemic public health paradox”: time series analysis of the 2009/2010 influenza A/H1N1 epidemiology, media attention, risk perception and public reaction in 5 European countries. PLoS ONE 2016.

[2] MacDonald NE, SAGE Working Group on Vaccine Hesitancy. Vaccine hesitancy: definition, scope and determinants. Vaccine 2015; 33.

[3] Neumann-Böhme S, Elsem Varghese N, Megget K. Even covid-19 can’t kill the anti-vaccination movement. Br Med J 2020

'Vaccine hesitancy' et future vaccination contre le Covid-19

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